Petite enfance et prospérité de l’État

Depuis déjà plusieurs mois, la situation économique des ménages québécois s’aggrave, affectant malheureusement les tout-petits et leur famille. On apprend maintenant que ce sera au tour des finances de l’État d’entrer en difficulté. Dans les derniers jours, le ministre des Finances déclarait que le déficit budgétaire serait plus important que prévu; ce à quoi le premier ministre aura répondu en évoquant un « défi de rigueur budgétaire ». Comme si ce n’était pas suffisant, les aléas des changements climatiques chamboulent jusqu’aux niveaux d’eau des grands barrages hydroélectriques. Conséquemment, la diminution des exportations d’électricité représenterait un manque à gagner de plus d’un milliard de dollars pour le Québec en 2023-2024.

Dans ce contexte, le Collectif petite enfance craint les durs choix que devra faire le gouvernement dans les semaines à venir. Si le Québec a un long historique comme chef de file mondial en matière d’investissement pour les familles et la petite enfance, de récentes comparaisons entre différentes provinces canadiennes montrent que le Québec perd son avance*. Entre 2011 et 2020, la part des dépenses gouvernementales québécoises dédiées à l’éducation à la petite enfance diminuait de 15 %, alors qu’elle augmentait au sein des autres provinces canadiennes. En Ontario, cette part a presque doublé, rattrapant pratiquement le Québec en passant de 2,0 % à 3,8 %. Sur la même période, c’est une augmentation de 73 % au Nouveau-Brunswick et de 39 % en Colombie-Britannique.


Bien que le lancement du Grand chantier pour les familles par le ministère de la Famille ait été une bonne nouvelle, le ministère est confronté aux difficultés généralisées de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée (en construction autant qu’en éducation à la petite enfance) lorsque vient le moment de compléter le réseau de services de garde éducatifs. Il est impératif que les investissements prévus pour la réalisation du Grand chantier demeurent au rendez-vous, voire, qu’ils soient revus à la hausse.

Au-delà des services de garde éducatifs à l’enfance, il faut considérer les investissements en petite enfance beaucoup plus largement et avec une intensité soutenue, avant même la naissance. Heureusement, il semble que le ministre des Finances, M. Eric Girard, loge au même endroit que nous. Évoquant les travaux des économistes Catherine Haeck et Robert Lacroix dans le cadre du Lancement du Bilan de la fiscalité au Québec – Édition 2024, le ministre fait le constat qu’il faut investir le plus tôt possible, que la période entre la naissance et l’âge préscolaire est celle où l’intervention est la plus déterminante.

En cette période de consultations prébudgétaires – et malgré une situation économique défavorable aux finances publiques – le Collectif petite enfance tient à rappeler l’importance fondamentale de prioriser l’accroissement des investissements nécessaires au développement et au bien-être des tout-petits. Il y a certes de quoi être fier que le Québec s’assure de demeurer un chef de file mondial en la matière, mais c’est avant tout un acte d’une grande rationalité du point de vue des finances publiques. Investir en petite enfance, c’est agir en prévention de manière transversale à toutes les responsabilités de l’État. C’est aussi investir là où les rendements sont les meilleurs.

Par Elise Bonneville, directrice du Collectif petite enfance

*Calculs des auteurs basés sur les profils provinciaux de 2011, 2014, 2017 et 2020 du Rapport sur l’éducation à la petite enfance du Atkinson Centre for Society and Child Development de l’Université de Toronto.

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